Grand Almanach des disques perdus, des hits ringards, des succès éphémères, des 45 tours comiques, des bides,

des OVNI (objets vyniles non identifiés)...

Post-scriptum de 45 tours "nazes" (décembre 2005)

Depuis maintenant deux ans, j'ai laissé flotter ce site sur le net, sans faire la moindre modification, tant il était encore d'actualité et tant que je recevais des mails d'encouragements et de remerciements.

Le recul par rapport à ce travail fait il y a déjà 5 ans et ma participation active au site Bide et Musique depuis quatre années, m'ont amené à de nouvelles réflexions sur le sujet.

Tout d'abord sur le titre. "Naze" était un adjectif en vogue dans les années 1990, ce mot est comme moi, il a vieilli dans les années 2000. Il correspondait surtout à cet état d'esprit des débuts d'Internet. Moins édulcoré que "kitsch", moins direct que "nul" ou "mauvais", plus railleur que "foireux", il fut d'ailleurs utilisé par la première webradio qui diffusa des titres quelques peu "décalés". Radionaze... donc. Un concept qui a vécu. Ce qui était décalé fin 1999 ne l'est forcément plus en 2005. Les hits oubliés des années 1980 sont redevenus des hits, à grand coups de rééditions, de compilations, de come back mercantilisés, et de l'entrée dans une certaine "académie" de ces stars de la chanson française.

Aussi, et c'est la ligne éditoriale que je me suis fixée peu après la mise en ligne de 45 tours nazes, une fois la période "madeleine de Proust" révolue, je suis passé au hors-d'oeuvre d'un vaste travail d'archéologie sonore, qui consista à retrouver non plus les titres perdus au fin fond de ma mémoire mais les disques les plus improbables, les moins vendus, les moins diffusés, ceux que personne semble n'avoir jamais entendu parler. Je dis bien "semble" car en fait, il y a toujours quelqu'un qui connait une de ces chansons... Véritable mythe de Sysyphe en fait : on fait deux/trois brocantes, on achète des centaines de disques, on s'extasie devant quelques perles, on les encode pendant un mois ou deux et une fois le travail terminé, on en retrouve cent autres, aux mêmes endroits, et ainsi de suite. La recherche du "bide" devint en fait une exploration en terra incognitae : chaque chanteur renvoie à un autre chanteur ou à un groupe, à un label que l'on découvre, à pléthore de références. En cinq années, le paysage musical de la chanson française, tel que je me l'étais imaginé à la conception de ces pages, s'est élargi de façon exponentiel. Les chiffres en sont devenus astronomiques, j'en suis arrivé à la conclusion qu'une une personne sur 100 en France a été directement concernée par la production d'un disque ces 30 dernières années. Mon site n'a jamais été un catalogue et ne le sera jamais. Vaste entreprise : je pense que la production musicale en France, depuis le milieu des années 1960, concerne plus de 20 000 interprètes et près de 200 000 titres, peut-être j'exagère, peut-être suis-je encore loin du compte. En tout cas, force est de constater que les bacs de la Fnac et du Virgin ne représentent qu'à peine 1% des disques produits en France. L'écart entre la catalogue de distribution et le catalogue de production n'a jamais été aussi grand.

Je ne pouvais pas faire ce travail tout seul. Je ne pouvais pas non plus le faire éperdument sur le ton de la grande rigolade, si cher à mes débuts d'internaute car, en fait, au fil du temps, ces choses-là devenaient sérieuses. Les frontières entre le "naze" et le "top" sont plus poreuses qu'elles ne le paraissent. Grâce à Bide et Musique, j'ai pu passer à cette nouvelle étape. Quatre années d'étroites collaborations, rythmées par un travail collectif permanent, et fait bénévolement à nos heures perdues, nous ont permis à la fois de rencontrer les principaux acteurs concernés par le sujet, les artistes, et aussi d'avoir une vision beaucoup plus claire de ce travail que l'on a entrepris. Comme l'adage des Shadoks, à force de concentrer notre intelligence sur des conneries (et non l'inverse!), nous sommes parvenus à rendre intelligible ce qui paraissait comme des inepties. Dans quel but ? ça je n'en sais rien. Je n'ai gagné aucun centime en faisant tout ce travail, et je n'en vis pas professionnellement. De quelle manière ? là, par contre, je peux répondre. Par passion, tout simplement.

Les titres que j'évoque ici, par années, ne concerne qu'une partie minime de ma collection. Quasiment tous ces titres ont rejoint la webradio Bide et Musique dont la base musicale est dix fois plus imposante. Aussi, il ne me parait plus utile de diffuser les quelques extraits que l'on pouvait trouver au hasard de quelques clics. Vous pouvez les écouter ici, il suffit d'un peu de patience. Je ne prendrais pas le risque de devenir le dernier juke-box du Net.

Cataloguer les "bides" par année nécessite un peu de flair et du recul. Il est ainsi de plus en plus difficile de parler de l'année en cours ou des courants musicaux récents, surtout, comme dans mon cas, quand on apprécie pas beaucoup la variété française actuelle. Trop formatée à mon goût, parfois trop sérieuse pour ce qu'elle est réellement et surtout pas assez indépendante. Sale temps pour les auteurs-compositeurs-et-interprètes, on est à l'apogée du culte du chanteur-interprète, auquel on remet le trophée chaque année courant décembre sur TF1. Quelle est la place du "bide" dans un paysage musical aussi médiocre ?

Internet en 2005, c'est le temps des blogs, des sites où l'on partage son intimité et ses réflexions. C'est dans cet esprit de partage, que je souhaite redévelopper ce site en y ajoutant des textes, qui synthétisent toutes ces années.

 

Update

Chaque année a son cru de chansons affligeantes. Écrites le plus souvent dans l'air du temps, elles provoquent des fous rires des années plus tard. Classées éperdument au rayon "musiques de beauf" ou "tout mais pas ça!", on en trouve des traces dans nos greniers, dans nos caves, dans de vieux tiroirs poussiérieux, comme des témoignages de nos goûts musicaux pas toujours glorieux. Faire un site là-dessus est une véritable torture, voilà pourquoi il est exhaustif mais pas complet.

Il aurait été préférable de créer un néologisme pour désigner ces chansons pour lesquelles on a, en fin de compte, une certaine affection. Mes amis parlent de "bides", France-Inter parle de "chansons-ons", d'autres préfèrent les termes "kitscheries" ou "ringardises". Mais ce n'est pas suffisemment générique.

Avant-propos (mars 2000):

La conception de ce site est à l'image de la musique que vous allez entendre : limitée... Mais bon, le Web ne doit pas être monopolisé par les informaticiens et les commerciaux. Je n'ai pas non plus l'intention de changer ma charte graphique, si mauvaise soit-elle. On nous avait promis des "autoroutes de l'information" et une "grande bibliothèque planétaire" ; on a en fin de compte un hypermarché international et un grand désert culturel... Ok, mon site ne va pas contribuer à relever le niveau, au contraire, mais il s'agit avant tout d'un site à vocation humoristique. La dérive commerciale d'Internet a atteint récemment son paroxysme avec l'hystérie sur les fichiers MP3. A l'origine, les fichiers que vous allez entendre étaient des MP3, venant d'originaux que je possède (j'ai une collection de deux mille 45 tours et d'une centaine de CD singles). Mais les sites d'hébergement, face à cette législation superflue et ambiguë interdisent désormais ces fichiers. Ainsi vous n'aurez pas ce type de message hypocrite du genre "je ne suis pas responsable des fichiers que vous téléchargez" ou "vous n'avez pas le droit de garder vos fichiers mp3 pendant plus de 24 heures sur votre disque dur" (comme si demain quelqu'un allait frapper à ma porte pour explorer mon DD!). Par ailleurs, on trouve davantage de bonnes surprises sonores en faisant les brocantes, les trocantes, les foires aux disques qu'en écumant les peers-to-peers. En effet, on ne trouve sur le Net que les chansons ressorties sur CD et numérisées. Or, il y a plus d'une chanson sur deux qui n'a pas été rééditée en CD et qui moisit dans l'oubli au fond de nos placards. Les laissés-pour-compte du show-business ont ici leur revanche, celle de sortir de l'anonymat. Les ténors des hits-parades n'ont qu'à bien se tenir car ces pages sont aussi là pour leur rappeler leurs accidents de carrière...

Le but de ce site est finalement de vous inciter à la réflexion sur la production musicale. S'il peut paraître manichéen au premier abord, il est aussi un site alternatif aux choix limités de chanteurs et de chansons que nous imposent les grands distributeurs comme la Fnac et Virgin. Je préfère nettement Charlotte Julian à Lara Fabian, et Gotainer à Garou, mais l'uniformisation des bacs à disques font que leurs CD sont difficilement trouvables. Bien souvent, acheter un disque relève davantage du travail d'archéologue que d'un simple besoin de consommateur.

Ne me demandez pas par e-mail des fichiers sons, je resterai sourd à toute demande de ce genre. Je me suis procuré ces disques dans des brocantes et chez des marchands de vinyles ; ils ne sont donc pas introuvables.

Bon, "trop de bla bla", alors sélectionnez l'année de votre choix pour un voyage dans le temps quelque peu hilarant ! Attention aux abus, cela peut nuire à la santé !